Pour les musulmans : cri d'alarme contre l'islamophobie

 
 
Pour les musulmans
 
Edwy Plenel
Edwy Plenel est Journaliste, ancien directeur des rédactions du journal Le Monde. Depuis 2007, il dirige le media participatif en ligne Mediapart. Il est l’auteur notamment de Combat pour une presse libre (2009), Le Droit de savoir (2013) et Dire non (2014).
 

Pour les musulmans

par Edwy Plenel, éd. La Découverte, Sept. 2014, 124 p.

En 1896, Emile Zola lançait un cri d’alarme contre le danger de l’antisémitisme dans une lettre qu’il intitula « Pour les Juifs ». La catastrophe européenne des deux guerres mondiales a quand même eu lieu. Aujourd’hui, Edwy Plenel lance à son tour le même cri de colère, mais cette fois contre l’islamophobie, dans son ouvrage Pour les musulmans, pour éviter qu’une nouvelle catastrophe se produise.

   Pour la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNDH), l’islamophobie, qui vise à la fois l’islam et les musulmans, se manifeste « à travers des opinions et des préjugés, souvent à la source de rejets, d’exclusions et de discriminations, des propos injurieux ou diffamatoires, des incitations à la haine, des dégradations de biens porteurs d’une valeur symbolique, et parfois même des agressions ». Quels sont les arguments développés par les islamophobes et quels sont leurs objectifs ? Pourquoi faut-il dénoncer l’islamophobie ? C’est à ces questions que se propose de répondre Edwy Plenel dans son dernier livre, paru le 18 septembre 2014.
   L’islamophobie tente de s’auto-légitimer en usant d’une argumentation stérile et entièrement inscrite dans le registre de la peur. Ainsi, certains justifient que l’islam et les musulmans seraient « étrangers » en vertus des racines judéo-chrétiennes de l’Europe. Cette pureté séculaire, nullement vérifiée, embarque subitement les juifs, après les avoirs longtemps persécutés, dans une entreprise d’exclusion des autres : en priorité les musulmans, mais aussi les descendants de Chinois, d’hindous et d’Africains. D’autres prétendent que l’islam et les musulmans seraient une menace contre la laïcité. Or, comme le souligne Edwy Plenel : « la laïcité qu’ils invoquent comme un mantra n’a pas grand chose à voir avec la laïcité originelle qui, loin d’une crispation face à l’affirmation des cultes minoritaires, signifiait leur reconnaissance ».
   Loin de relever de la liberté d’expression, comme le prétendent de plus en plus de politiques et d’intellectuels, les déclarations islamophobes et leurs conséquences doivent être dénoncées avec vigueur. E. Zola le  soulignait déjà dans sa lettre « Pour les Juifs » nous avertissant qu’on « finit par créer un danger, en criant chaque matin qu’il existe. A force de montrer au peuple un épouvantail, on crée le monstre réel ». Encouragé jusque sur les sièges de l’Académie française, le Front national déverse sa haine des musulmans sans aucun complexe. Pas étonnant depuis que ses dirigeants confessent avoir compris que ce n’est ni l’immigration ni l’islam, mais l’antisémitisme qui empêche les électeurs de voter pour eux. En réduisant l’antiracisme au seul antisémitisme, certains intellectuels, comme Alain Finkielkraut, ont de fait contribué à propager l’idée dangereuse selon laquelle l’abandon apparent de l’antisémitisme suffit à l’extrême droite pour se transformer en parti fréquentable.
   Edwy Plenel n’a de cesse de rappeler dans cet ouvrage que combattre l’islamophobie n’est pas seulement une nécessité républicaine, elle est aussi une obligation démocratique pour tous les Français. En effet, selon lui, cette islamophobie obsessionnelle constitue en réalité un moyen de diversion sur des enjeux considérables qui concernent tous les citoyens. D’une part, nous assisterons en France à une attaque de nos libertés fondamentales, sous couvert de lutte contre l’islamisme, à l’image du Patriot Act aux Etats-Unis qui a fait suite aux événements du 11 septembre et qui a bafoué nombre de principes démocratiques. D’autre part, ce faux problème de la question musulmane — comme jadis celui de la question juive — veut faire oublier aux Français le problème des inégalités sociales qui, lui, est bien réel. La soi-disant préférence nationale, censée nous protéger de la menace de l’étranger, n’est en vérité que l’alibi des oppresseurs. Pendant que « les opprimés se font la guerre au nom de l’origine, les oppresseurs ont la paix pour faire affaire (…), cette course folle à l’accumulation où se creusent, comme jamais, des inégalités proprement insupportables », dénonce l’auteur.
   Les islamophobes aimeraient certes convaincre les Français que « l’ennemi intérieur » c’est le musulman, mais Edwy Plenel démontre, au fil des pages de ce livre, avec une lucidité et une détermination salutaires que « notre véritable adversaire n’est autre que la peur » et qu’il faut lui opposer le courage. Il rappelle également qu’une véritable démocratie ne saurait opposer sa majorité à ses minorités. Bien au contraire, lorsqu’une démocratie éprouve le besoin de se construire un bouc-émissaire, elle s’engage sur la pente de la négation d’elle-même.   
Par cet ouvrage et son engagement Edwy Plenel incarne précisément ce courage, lequel fait en revanche cruellement défaut chez nombre de ses confrères, mais aussi chez beaucoup d’intellectuels et de politiciens.

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