Rûzbehân

Ṣadr al-Dīn Abû Mohammad Rûzbehân ou Abī Naṣr al-Fasāʾī al-Daylamī al-baḳlī al-s̲h̲īrāzī ou encore Abû Muhammad ibn Abî Nasr Shirâzî Rûzbehân Baqlî, est un mystique soufi, un poète et philosophe perse né en 1128 à Pasâ (sud de Shiraz) ou Fasa et mort en 1209 à Chiraz dans la lignée daylamite. Son nom signifie « jour heureux ».

Artiste et esthète, il fut amateur du samâ', le concert spirituel des soufis qu'il décrit dans le Traité de l'Esprit Saint, bien avant que Rûmi ne le formalise.

Sa mystique est d'abord basée sur l'amour, la beauté ineffable et l'enthousiasme ; plus tard, elle revendique une science inspirée et se rattache aux maîtres soufis passés. Il dialogue avec les saints, les anges, les prophètes et Dieu. Ses révélations du monde métaphysique caché aux yeux de l'homme du commun se rattachent à la tradition du voyage miraculeux du prophète Muhammad. Sa vie de saint se manifeste dans sa pratique ascétique, par le jeûne, la retraite et le dhikr. plus tard, c'est en maître spirituel ou cheikh qu'il se présente, guidant les uns, commentant les autres. On le surnomma « Doctor Ecstaticus ».

Contrairement à d'autres mystiques persans condamnés (Hallâj, Sohrawardi), il était aussi soucieux du bien-être de ses concitoyens et se fit le protecteur de Chiraz, assurant sa cohésion sociale en défendant l'ordre de la loi sunnite. Rûzbehân parvenait ainsi à maintenir un délicat équilibre entre sa situation individuelle (fana, sainteté, bénédiction, retraite) et sociale (baqa', dogmatique, légalité, popularité) sans tomber dans l'hérésie et sans renoncer à ses extases. Il évite ainsi l'apostasie et autres accusations dangereuses qu'un malamati aurait à subir.