Al Bukhârî, Muhammad

Né à Boukhara (Ouzbékistan) en 810, mort près de Samarcande (Ouzbékistan) en 870 Muhammad Ibn Isma'il al Bukhârî était un savant chaféite et traditionniste (muhaddith) musulman. Le père d’al Bukhârî était lui-même reconnu pour son savoir : il était savant de la quatrième génération des râwî, les transmetteurs de hadith

Dès l'âge de seize ans, alors qu'il a épuisé les ressources intellectuelles de sa région, il entreprend une série de voyages en Arabie et au Moyen orient afin d'étudier auprès des savants de son époque : six ans au Hedjaz (Arabie), puis à Bassorah, Baghdad (où il étudia entre autres auprès de l'imam Ahmad Ibn Hanbal), Koufa (Iraq) et en Egypte et en Syrie. 

Il est l'auteur de plusieurs ouvrages restés célèbres, dans les domaines du hadith et de l'histoire. En histoire, il est notamment l'auteur de deux ouvrages de chroniques spécialisées sur les biographies des premiers musulmans jusqu'à son époque, le "Tarikh-al-Kabîr" et le "Tarîkh-al-Saghîr". Mais son livre le plus célèbre est sans conteste son "Jami' al Sahîh", recueil de traditions prophétiques (hadith) dont la validité des chaînes de transmissions est établie avec certitude. Il contient 7 275 traditions, que l'imam al Bukhârî a sélectionné dans un ensemble de 600 000 hadith-s reçus auprès de 1080 maîtresCe recueil représente selon l'érudition islamique la source la plus authentique après le Coran et il connut une forte audience du vivant même de l'imam qui le transmettait oralement à des milliers de disciples dans les villes qu'il visitait.

Le crédit accordé à ce livre vient de la rigueur méthodologique qui présida à sa composition, puisqu'al Bukhârî excluait systématiquement toute tradition dont le moindre doute pouvait entâchée la réputation d'un des transmetteurs. Une tradition pouvait ainsi être rejetée à cause d’un détail, comme le montre l’anecdote suivante : al Bukhârî arriva chez un transmetteur de hadith. Il séjourna plusieurs jours chez lui pour les recueillir. Avant de partir, il vit l’homme essayer de ramener à lui une jument qui avait rompu son attache et pris la fuite. Dans l’impossibilité de réussir à la faire revenir, il releva le giron de son habit, feignant de lui présenter de l’orge. La bête vint à lui et il s’en saisit. « Qu’avez-vous mis dans votre giron ? lui demanda l'imam. — Rien, dit l’homme, c’était une feinte pour l’attraper ! » Alors al Bukhârî déchira ses feuilles et dit : « Celui qui a menti à une bête est capable de mentir sur le Prophète. »

Au-delâ des critères scientifiques permettant la classification de l'authenticité des traditions (honorabilité et moralité des transmetteurs, réputation de leur capacité de mémorisation...), pour chaque hadith dont il avait pu établir l'authenticité après enquête, al Bukhârî accomplissait une prière de 2 unités (rak'ate), précédée des grandes ablutions, dans le sens d'une consultation divine (istikhâra). Ce scrupule intellectuel et spirituel, conjugué à une mémoire prodigieuse qui surprendra ses contemporains pourtant habitués aux grandes capacités mémorielles, consacreront l'autorité intellectuelle de l'imam al Bukhârî.

Il mourut la veille du 'Aïd al Fitr (fête de rupture du jeûne du mois de Ramadan) en l'an 870 (an 256 de l'Hégire).