Al-Muhâsibî, Al-Hârith

Mystique musulman, né à Baṣra, mort à Baghdād. Son nom de Muḥāsibī signifie « celui qui pratique l'examen de conscience » ou, plus exactement, « celui qui règle ses comptes avec un autre » (entendons Dieu). Il est très attaché aux traditions et s'intéresse surtout à leur « texte », à la valeur religieuse de celui-ci, plus qu'à l'isnād, la chaîne des transmetteurs à laquelle la critique du ḥadīth donne l'importance principale. Il est, en outre, versé dans la philosophie et sait manier le lexique des théologiens de son temps. Ses écrits manifestent une grande exactitude technique.

Le but que se propose al-Muḥāsibī est la transformation interne de l'homme par la mise en œuvre d'une méthode spirituelle de discernement entre ce qui en nous peut servir Dieu et ce que Dieu n'agrée pas. Ses analyses ont une réelle finesse psychologique et morale. Par cette surveillance vigilante qui sait à la fois éviter le rigorisme et le quiétisme de certains autres mystiques, le croyant verra naître en lui et se succéder des « états » intérieurs (aḥwāl), qui, selon la formule de Louis Massignon, « ouvrent son âme à l'infusion de touches divines (ḥulūl al-fawā'iḍ) qui transforment sa volonté ».

On a gardé d'al-Muḥāsibī son Kitāb al-Tawahhum, qui trace, à partir de la vie sensible, le chemin vers la vision de l'essence divine, source de la joie parfaite. L'illustration de sa méthode se trouve dans son grand ouvrage intitulé al-Ri‘āya li-ḥuqūq Allāh (Règle de vie en vue de l'observation des droits de Dieu), qui contient, en particulier, une longue étude sur le repentir, ou retour à Dieu, la tawba.